dimanche 11 août 2013

#Locarno66 : épisode 4


J+4. La fatigue commence un peu à poindre le bout de son nez. La fatigue, mais la désillusion aussi. Après avoir éprouvé de la consternation face au comportement de certains journalistes présents hier à la projection de presse du film de Hong Sangsoo, U ri Sunhi (la bande son a connu quelques problèmes et certains ne se sont pas gênés pour hurler, rouspéter, siffler, alors qu’il aurait été tellement simple, poli et élégant de signaler ce problème calmement), après les insultes dont j’ai fait l’objet en projection de presse cet après-midi, je me dis qu’heureusement, mon amour pour le cinéma, ma curiosité quasi maladive sont restés intacts. Mais je m’interroge : que font tous ces gens tellement ronchons ici ? N’ont-ils pas conscience d’être des privilégiés ? Combien de personnes rêvent d’être à leur place ? Alors ce soir, un peu tristounette de voir certains s’intéresser plus à leur égo qu’au 7ème art, j’ai décidé, après avoir partagé un dîner fort sympathique, de bouder la Piazza Grande, de passer ma soirée à l’hôtel et de m’offrir une nuit de sommeil en bonne et due forme. Mais avant de rejoindre les bras bienveillants de Morphée et de m’octroyer un beauty sleep, je vais vous parler de ma journée de cinéphile au Festival del Film Locarno où les vraies stars, ce sont les films et pas ma bobine.

Pour ne pas faillir à la désormais presque tradition, je commencerai par le Cukor du jour : Camille. Greta Garbo incarne Marguerite Gautier, la dame aux camélias, héroïne imaginée par Alexandra Dumas fils. Garbo donne au personnage de Marguerite Gautier une grâce infinie, mais également une clairvoyance face à sa propre situation. Elle reconnaît volontiers qu’elle ment, simule, et ne s’en cache pas. La voix de Garbo est comme à l’habitude envoûtante, grave et mélodieuse. La vie, les aventures, la maladie et la mort de cette courtisane du Gai Paris au milieu du XIXème siècle. Un régal.
 
 
 
Le coup de cœur du jour va à Los insólitos peces gato  de Claudia St-Luce présenté dans la section Cineasti del presente. La réalisatrice mexicaine reconstruit un souvenir comme elle souhaite bien se le remémorer :   « J’ai souhaité raconter l’histoire de Martha. Je l’ai connue à Guadalaraja, quand j’avais 22 ans et depuis, cette rencontre est devenue mon « histoire de chevet », celle à laquelle je pense, de temps à autre, pour me remonter le moral lorsque j’en ai besoin. Quand je repense à cette période de ma vie, les faits et les lieux s’étoffent de détails fantasmés et magnifiés... le vieux sofa de Martha m’apparaît plus majestueux qu’il ne l’était, recouvert d’un tissu qui n’a sans doute rien à voir avec l’original mais c’est ainsi que j’aime m’en souvenir. Les protagonistes eux aussi participent à la création de ce « faux » souvenir. Ma mémoire a su sélectionner et reconstruire les plus beaux moments de notre rencontre, les plus percutants aussi. »




Claudia St-Luce nous raconte l’histoire de la rencontre de deux femmes, Martha, mère de quatre enfants et atteinte d’une maladie chronique et Claudia, une jeune femme qui travaille dans un supermarché et qui tente, tant bien que mal, de se préserver de tout contact social. Cette rencontre va bouleverser la vie de la jeune femme et chambouler quelque peu l’équilibre précaire de la famille de Martha, mais dans le bon sens. Claudia apprendra à apprécier chaque instant de la vie et à le sublimer. Un très beau et sensible film sur la façon de créer des liens, les renforcer et sur la joie de vivre.

Le coup de gueule, va à  un film de la compétition internationale, Pays Barbare  de Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi. Ce documentaire qui se penche sur la période coloniale de l’Italie en Ethiopie ou encore en Libye, en utilisant des images d’archives rares et découvertes chez des particuliers tente une analyse non seulement du personnage de Mussolini, mais plus largement, du fascisme. Rien ne m’a convaincue dans ce documentaire. La férue d’histoire que je suis s’est même retrouvée frustrée par un commentaire trivial et inintéressant, ainsi qu’une déclamation ridicule. Le traitement des images d’archives m’a aussi dérangée : elles sont régulièrement modifiées pour apparaître en négatif et perdent de ce fait de leur valeur de témoignage. L’Italie mussolinienne qui débarque avec son armée en Ethiopie avec pour maxime : « Pour ce pays primitif et barbare, l’heure de la civilisation a sonné»,  aussi affolante qu’effrayante, méritait une analyse profonde et pas des théories à l’emporte-pièce. Lorsque l’on se trouve face à un tel matériel visuel, on ne le dénature pas de cette façon.
 
 
 

J’ai vu encore plein d’autres choses, mais je vous en parlerai demain, notamment un film de la compétition Short Term 12   de Destin Cretton, qui ne m’a pas laissée indifférente.

A domani !

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