dimanche 13 mars 2016

FIFF 2016 : Les loups et l'agneau


Après une cérémonie d’ouverture qui m’a laissée un peu planante et délicieusement rêveuse hier soir, les premières projections du festival se sont chargées de me remettre les pieds sur terre, et fissa !

Dans A Monster with a Thousand Heads, Sonia, mère d’un garçon ado essaie en vain de faire valider un nouveau traitement pour son époux malade auprès de sa caisse-maladie. N’arrivant jamais à joindre le médecin-conseil de l’assurance – vous savez, le fameux message : « tapez 1 pour une question générale, tapez 2 pour un conseil spécialisé, et… » - fini par débarquer au siège de l’assurance. Si au bout de 15 minutes on comprend exactement ce qui se passer, ou plus exactement ce qui s’est déjà produit, il n’en reste pas moins que l’on reste scotché dans nos fauteuils, dans l’attente de la validation de nos suppositions. Mais surtout, on souhaite savoir si Sonia est allée aussi loin que nous l’imaginons. Rodrigo Plà joue un peu avec nos nerfs et avec la notion du temps. Le récit n’est ni chronologique, ni linéaire. Les points de vue changent en cours de chemin. Le réalisateur uruguayen sait très bien comment faire monter la sauce. C’est un thriller captivant, malgré quelques longueurs que l’on pardonne aisément.
 
 

Toujours sur le continent sud-américain, le destin de Maria nous bouleverse. Adolescente enrôlée au sein d’une milice qui a ses quartiers dans la jungle colombienne, enfant-soldat et objet sexuel des guérilleros, elle est chargée de mettre à l’abri l’enfant du commandant. Alors que d’autres filles dans sa situation, après quelques palpations basiques prodiguées par le médecin du camp, se font avorter d’office, Maria cache sa grossesse. Alias Maria est un film bouleversant. Un coup de poing dans la figure et le ventre. Un film qui sent la terre, qui dégage de la moiteur et de l’humidité, qui provoque de l’inconfort  et qui génère un sentiment de totale impuissance pour le spectateur. Que pouvons-nous faire ? La réponse est : rien. Se révolter de cette situation ? Oui. Mais à part être profondément en colère, nous sommes totalement démunis face au destin de cette jeune femme qui, malgré la situation, plus que périlleuse, va faire preuve d’un courage exemplaire. Dans cette jungle où les cris de bébés se mélangent, jusqu’à se confondre, aux bruits de la nature et des tirs de mitraillettes, José Luis Rugeles livre là, peut-être, le prix du public de cette 30ème édition du FIFF.
 
 

Le corps encore parcouru de frissons, Incident light m’a offert une petite trêve. Qu’est-ce que j’aime les films en noir et blanc. Ça m’a toujours fait plus rêver que la couleur. Allez savoir pourquoi ? Peut-être que cela fait plus fonctionner mon imagination et que je mon inconscient créé sa propre palette de nuances ?

Comment se remettre à aimer lorsque l’on se retrouve veuve, avec deux jumelles, et le souhait de conserver un statut social relativement élevé ? Faut-il céder aux pressions de l’entourage familial ? Un cadre pour deux petites filles en bas âge, c’est tout de même mieux. Avoir un époux et une structure familiale aussi. Mais si l’amour n’est pas présent ? Faut-il, même dans une Argentine des années 60, précipiter les choses et céder aux avances du premier courtisan venu ? Même si le courtisan, est un doux agneau, un homme pétri d’amour, de patience et de compréhension ? Ce sont à toutes ces questions qu’Ariel Rotter tente de répondre avec douceur, sensibilité et humour, tout en privilégiant l’ellipse, laissant ainsi au spectateur, sous le charme de la finesse de la réalisation, le soin de compléter les espaces vides. Petit bijou.
 
 

Après un passage d’environ 1 heure chez Ernst Lubitsch – oui, j’ai cédé à l’appel de To be or not to be - ma journée s’est terminée avec un film qui m’a laissé un sentiment mitigé.

Quand je suis arrivée chez moi, aux alentours de minuit, je ne savais pas trop quoi en penser. J’ai opté pour un café dans un premier temps, histoire de remettre un peu mes idées dans l’ordre.

Le rapport entre les humains et la nature, plus précisément les animaux, a depuis bien longtemps alimenté les imaginaires. Dans les livres, dans les peintures, et bien évidemment au cinéma. Si caresser un chat peut dégager une certaine sensualité – douceur du pelage, lascivité de la bête, sentiment de relaxation – il en va tout autrement d’un acte plus intime, que la morale considère comme déviant. Ces représentations ont, dans la majorité des cas, été construites dans des univers fantastiques. Je pense notamment à La Belle et La Bête de Jean Cocteau, à La Féline de Paul Schrader ou encore à LadyHawke de Richard Donner. Des malédictions, des sorts, bref que du surnaturel. Et c’est peut-être, comme dans Max, mon Amour de Nagisa Oshima, dans le réalisme de la relation que Wild, de Nicolette Krebitz, devient gênant, déconcertant.

Si le malaise subsiste, certaines scènes sont vraiment dégueulasses – pardon, mais déféquer sur un bureau ne m’a jamais tellement transportée – il n’en reste pas moins que la métaphore est plutôt bien amenée. Wild est en fait une fable moderne, avec un langage cru et contemporain, politiquement très incorrect. Une jeune femme croise le regard d’un loup et petit à petit s’affranchit de tous les codes tacites qui gèrent notre société. Retour à l’état sauvage. Ce qui est subversif, c’est la relation qu’elle instaure avec l’animal. Le besoin obsessionnel de le retrouver, de le faire sien. Cette jeune femme se libère et s’affirme au contact de l’animal. C’est troublant. Les scènes de sexe sont explicites, dérangeantes, mais également fascinantes. Pourquoi ? Parce que la mort est en arrière-fond. On ne sait pas vraiment comment va réagir le loup. C’est un animal sauvage, avec des instincts primaires. Et là, une nouvelle fois, on arrive dans le domaine érotique, le même qui nous terrorise et nous excite avec les vampires par exemple :Eros et Thanatos. Le loup pourrait ne faire qu’une bouchée de la jeune femme s’il le voulait.
 
 

Finalement, c’est un film que j’ai apprécié, mais après deux cafés et presque une heure de réflexion. Cela dit, quand je suis rentrée à la maison et que mon chat m’a fait la fête, je me suis entendue lui dire : « Minou, notre relation restera platonique, sache-le ! ». Et je lui ai rempli sa gamelle de croquettes.

Plus sérieusement, récemment, deux visas d’exploitation – La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche et Antichrist de Lars von Trier – ont été annulés, parce que des ayatollahs de la bonne pensée ont fait des leurs. Le film devrait être distribué dès le mois d’avril. En toute sincérité, je ne donne pas cher de sa vie hors festivals. Et c’est dommage, parce que c’est un film plutôt bien réalisé - même si une ou deux scènes sont dispensables -  et que l’actrice principale, Lilith Stangenberg, prend vraiment des risques. Choses suffisamment rares pour être signalées.

 

Prochaines projections :


A Monster with a Thousand Heads : 15.03 15h / 16.03 20h15 / 18.03 18h

Alias Maria : 14.03 20h30 / 15.03 19h / 18.03 13h

Incident Light : 13.03 12h / 16.03 15h15 / 17.03 21h30

To be or not to be : 19.03 14h45
 
 

BONUS DU JOUR :  Rencontre avec Marthe Keller

 
 

ST/12.03.2016

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