samedi 12 mai 2012

L'INVITE : Patrick Braoudé

Patrick Braoudé, un homme orchestre? Tour à tour acteur, scénariste, réalisateur ou producteur ou tout à la fois, cet amoureux de Laurel et Hardy (dont il collectionne les figurines) a su mettre de la fraîcheur dans les comédies françaises des années 90.  Il s'attaque à des sujets de société tel que le divorce dans "Génial, mes parents divorcent", à la maternité côté messieurs dans "Neuf Mois" ou encore aux relations hommes-femmes dans "Amour et Confusion" et frôle le fantastique dans "Deuxième Vie". Patrick Braoudé s'inspire de la vie normale, du quotidien des gens et c'est ce qui fait le succès de ses films. Ses films ont rencontré de jolis succès populaires, bien que certains furent boudés par les critiques. Preuve que nous avons besoin de voir notre quotidien sur grand écran, d'en rire, pour le rendre plus léger, même si cela est fait en mettant le doigt sur nos petits défauts. Ces petits défauts qui finalement font de nous des humains à part entière.

Mais Patrick Braoudé est bien plus qu'un homme de comédies. Après quelques échanges, çà et là, notamment sur la musique, la littérature, l'actualité ou la vie dans les trains, Patrick Braoudé a accepté de répondre à quelques unes de mes questions. Vous allez découvrir un homme simple, délicat, malicieux, ouvert aux gens et profondément attaché à ses racines. Touchant.

"Deuxième Vie"
Daniel Russo - Patrick Braoudé - Gad Elmaleh


Vous portez plusieurs casquettes: celles de comédien, de réalisateur, de scénariste et pour finir, celle de producteur. Laquelle vous correspond le mieux et pourquoi ?

C’est le désir de jouer qui a motivé toutes les autres aventures. J’ai découvert le plaisir de jouer alors que je faisais les études vétérinaires. J’ai joué des pièces de théâtre au sein de la troupe de l’Ecole vétérinaire et j’ai découvert par hasard le plaisir d’écrire. C’était la mode du café-théâtre et en voyant une pièce à la Veuve Pichard (l’ancien théâtre du Point Virgule), j’ai eu envie de proposer à la troupe de l’école que l’on joue une pièce de ce nouveau style. Dans le secret, j’ai essayé d’écrire une «pochade» pendant les vacances d’été. Je l’ai fait lire à la troupe à la rentrée. Tout le monde a eu envie de la jouer. C’était la première fois que j’écrivais et j’ai découvert que ce que j’écrivais faisait rire. Cela a été mes débuts d’auteur. Ensuite, j’ai continué d’écrire, une autre pièce pour le café-théâtre, « Du ronron sur les blinis », qui a été un succès et dans laquelle je m’étais écrit un rôle. Ensuite j’ai écrit des scénarios dans lesquels je me suis écrit des rôles. C’était toujours le désir de jouer qui a motivé l’écriture. Mais j’ai découvert le plaisir d’écrire. J’ai ensuite eu envie de réaliser moi-même les scénarios que j’écrivais pour ne pas me sentir « trahi » par un autre metteur en scène. Et j’ai découvert le plaisir de réaliser. Donc, aujourd’hui, j’aime autant jouer qu’écrire ou réaliser. Vous voyez que je ne vous ai pas parlé de la casquette de producteur. Ce n’est pas ce qui me passionne le plus. J’ai produit certains films pour donner la liberté au réalisateur que j’étais uniquement.

Vous vous destiniez donc à une carrière de vétérinaire. Expliquez-nous le moment de la "révélation".

Je suis monté pour la première fois sur scène alors que j’étais en première année de l’école vétérinaire. Nous avions monté une pièce de boulevard russe « Je veux voir Mioussov » de Valentin Kataïev et je jouais le rôle de Zaitsev (pour ceux qui connaissent cette pièce connue). Lorsque je suis entré sur scène, j’ai entendu 500 personnes rire. Un choc. J’ai eu une communion avec le « public ». Je me suis dit « bon, je crois que je ne serai pas véto, je serai comédien ». 

Vous avez connu de gros succès "Génial, mes parents divorcent!" ou encore "Neuf mois" , pour ne citer qu'eux. Mais vous avez aussi connu des succès plus confidentiels. Qu'est-ce que cela vous fait lorsqu'un film marche moins bien? 

On a envie, évidemment, de toucher le maximum de gens, lorsqu’on fait un film. Et lorsqu’on a eu le plaisir de faire des films comme ceux que vous citez, qui ont touchés les spectateurs, on souhaite retrouver ces moments magiques. Mais la sortie d’un film est quelque chose de compliqué. Les choix du distributeur, du marketing, les autres films qui sortent le même jour que votre film, la météo le jour de la sortie, un fait d’actualité particulier, un match de foot important le premier mercredi de la sortie, sont autant de facteurs qui peuvent faire un échec ou un succès. Alors, quand un film ne marche pas ou moins que le précédent, on est triste, on essaie d’analyser, mais c’est difficile.


"Génial, mes parents divorcent!"

Êtes-vous sensibles aux critiques cinéma? Qu'elles soient bonnes ou mauvaises ?

Certaines mauvaises critiques m’ont fait du mal, des bonnes m’ont fait plaisir. Avec l’expérience, j’essaie maintenant de ne plus les lire. « Neuf Mois » et « Génial,mes parents divorcent!» ont tellement été descendus à leur sortie. Par des journaux qui, maintenant, lorsque ces films passent à la télé, les encensent. Les critiques qui pensent que leurs analyses vont faire avancer le metteur en scène se trompent. Ils n’ont pas ce pouvoir.

Lors d'un de nos échanges vous m'avez confié aimer la musique de Jacques Offenbach. Comment choisissez-vous les musiques de vos films? Êtes-vous sensible, en tant que spectateur à la musique de film?

Steven Spielberg a dit que sans la musique de John Williams, E.T. ne serait pas E.T., que John Williams était E.T.  Georges Lucas a présenté le premier Star Wars a ses producteurs alors que la musique et le sound design n’étaient pas encore fait. Résultat, le studio n’y a pas cru et a revendu le film à un autre studio. Autant vous dire que le patron du premier studio s’est fait virer à la sortie du film. La musique est un élément essentiel de la fabrication d’un film. Un élément capital qui est le fruit d’une longue réflexion. Pour une comédie notamment, on doit particulièrement faire attention. La musique peut vite faire basculer une scène dans une autre émotion que celle recherchée ou être redondante. Je suis très vigilant aux choix musicaux et même à l’enregistrement de la musique. Et pour moi qui aime la musique, aller voir l’enregistrement de la musique de mon film, voir un orchestre symphonique jouer sur les images, c’est comme la cerise sur le gâteau.

Vous êtes très attentif à ce qu'il se passe dans le monde, notamment au niveau politique. N'avez-vous jamais pensé à faire un film plus engagé ?

J’adore les films engagés. Mais j’ai fait jusqu’à présent des comédies. "Il faut planter son clou." comme dit Michel Boujenah. Je suis en train d’écrire un film très différent, plus engagé, sur la Shoah, sur les conséquences de la Shoah sur les générations de Juifs qui ont suivi le cataclysme de la deuxième guerre mondiale. Ce sera drôle quand même… mais différent.  

Votre épouse (ndlr: Guila Braoudé) est également réalisatrice. Vous vous influencez mutuellement?

On parle beaucoup, on se fait lire mutuellement nos projets. Elle est mon regard sur mon jeu quand je joue dans mes films, j’ai produit son film (ndlr: Je veux tout). Nous vivons ensemble le plaisir de l’autre… ce qui dans un couple est indispensable, non ?


Je veux tout - Bande annonce FR par _Caprice_


"Un homme d'Etat" de Pierre Courrège devait sortir dans le courant du printemps. Pouvez-vous nous en parler?

« Un homme d’état » était un film politique, engagé justement, l’histoire d’un président de la République de droite juste avant le premier tour des Présidentielles qui, sentant qu’il ne serait peut-être pas au second tour, hésite entre adoucir son discours pour attirer les voix du centre gauche ou, au contraire, radicaliser son discours pour séduire les voix de l’extrême-droite. Nous avons commencé à tourner le film, mais le producteur ne nous avait pas dit qu’il n’avait pas les fonds pour aller au bout du projet. Il comptait en route trouver l’accord d’une chaîne de télévision, mais aucune n’a voulu y aller. Trop brûlant sans doute. Le film ne sortira jamais, je pense. Dommage, j’ai adoré jouer ce Président redoutable et impitoyable. 

Quels sont vos projets pour l'année en cours?

J’ai écrit une pièce de théâtre sur Offenbach et un scénario tiré d’un roman « Le Mec de la Tombe d’à côté » de Katarina Mazetti. Je viens de jouer dans la série « Camping Paradis », un rôle qui m’a beaucoup plu. Je m’apprête à écrire un autre scénario et une autre pièce de théâtre.

Quelques questions "tac au tac":

Le premier film que vous ayez vu?

Je me souviens d’un film de Laurel et Hardy, projeté dans le préau de mon école, je devais avoir 6 ans, « les Montagnards sont là » (http://youtu.be/hrC91FJ5XZ0). J'aime autant Laurel et Hardy maintenant qu’à l’époque. Je me souviens aussi d’un film que j’ai vu au cinéma, un peplum italien, je devais avoir 7 ou 8 ans « Romulus et Remus » de Sergio Leone et Sergio Corbucci (http://youtu.be/JHrDsikeLu8).

Votre film culte?

 Beaucoup de films que j’adore. Culte ?

« Laurel et Hardy au far West » => http://youtu.be/_SvuNcPx2dg
« The Ghost and Mrs Muir » de Mankiewicz => http://youtu.be/zN6S6FwT5HM
« Les 7 Samourai » de Kurosawa => http://youtu.be/zNqQXC8Tv8U
« E.T. » de Steven Spielberg => http://youtu.be/_7-2PB4jj2o
Les Marx Brothers… => http://youtu.be/j5lU52aWTJo
« Groundhog day » de Harold Ramis => http://youtu.be/zOXMy6672pk
« Artistes et modèles » avec Jerry Lewis => http://youtu.be/XNYSsj7kFlg

... j’arrête !

Le dernier film que vous ayez vu?

« Le prénom » d'Alexandre de La Pattelière et Mathieu Delaporte  => http://youtu.be/zdg82h09PNQ


Une réplique culte ?

« Atmosphère, atmosphère… est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? » (ndlr: in "Hôtel du Nord" de Marcel Carné) => http://youtu.be/6DKI0EP-RMA

Merci, Patrick Braoudé!


Propos recueillis par courriels entre les 3 et 11 mai 2012 / Cinécution

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