Quelle ne fut pas ma surprise
hier soir, toute occupée à voir quelles étaient les nouveautés video on
demand que me proposait mon opérateur, de découvrir que Welcome to New York, le film annoncé
comme sulfureux d’Abel Ferrara, projeté en marge du Festival de Cannes samedi
dernier, figurait déjà dans les highlights.
Curieuse, je le suis et je le
resterai toujours. Ni une ni deux, je lance le visionnement. Mes attentes, d’ordinaire
moindres voire inexistantes, sont pour le coup, très grandes. Alors, ai-je vécu
une expérience cinématographique inoubliable ? Ai-je été bousculée ?
Choquée ? Outrée ? Dégoûtée et déçue sont les deux seuls adjectifs
qui me viennent à l’esprit.
D’entrée, et chose pour le moins
surprenante, Depardieu s’explique : « J’ai accepté de jouer ce
personnage parce que je le déteste. Je hais les hommes politiques!»… sauf un
certain président russe serait-on tenté d’ajouter, mais c’est une autre
histoire.
Gérard Depardieu incarne donc Devereaux,
directeur d’une « grande institution mondiale ». Un obsédé sexuel, un
sex addict comme on dit aujourd’hui,
qui se rapproche plus de l’ogre et de la bête que de l’humain... Entre deux
fellations joyeusement offertes par des call-girls dans son bureau -
demoiselles dont il offre aussi les services à ses visiteurs- voyeurisme,
triolisme, puis partouzes géantes agrémentées de crème et d’un cocktail à base
de Viagra, de whisky et de glace - oui, la glace, c’est important- Depardieu éructe,
parle fort, baise - faire l’amour serait par trop fleur-bleue - respire
difficilement. On en vient à craindre qu’il ne claque au plan suivant… En réalité,
ce ne sont que les fesses et les seins de ses partenaires sexuelles qui
claquent. Du mauvais, très mauvais porno. Puis vient ce fameux jour où pris d’une
nième pulsion sexuelle, de bon matin, il s’en prend à la femme de chambre. La
pipe de trop. A partir de là, la vie sexuelle de Devereaux devient publique. C’est
la chute.
Ça vous rappelle vaguement quelqu’un ?
Oui, et ce n’est un secret pour personne, Welcome
to New York s’inspire de faits réels, ceux de l’affaire DSK. Dominique
Strauss-Kahn, ex-directeur du FMI, ex-futur-candidat-potentiel- président-de-France,
ex-monsieur Anne Sinclair. Mais comme il est de bon ton de le spécifier, bien
qu’inspirés de faits réels, les noms des personnages, ainsi que les événements
sont pure fiction et toute ressemblance serait purement fortuite… etc… etc… Je
ne vous fais pas un dessin. Ça tombe bien, je ne suis pas douée.
S’agissant de la mise en scène ou
de la direction d’acteurs, elles sont inexistantes. Jacqueline Bisset –dont je
garde en mémoire l’élégance, l’humour, lors de son passage sur la Piazza Grande
l’été dernier- n’est vraiment pas mise en valeur dans le rôle de Simone - Anne Sinclair
- face au personnage Depardieu. Leurs scènes communes, dialogues intimes d’un
couple, sont d’une pauvreté linguistique affligeante. Tout comme l’entier du
film en fait. Tout n’est que grossièretés et vulgarités. Les scènes donnent l’impression
d’être toutes improvisées… La vie réelle, aussi inattendue et maladroite qu’elle
puisse être, est bien plus créative que Ferrara. Et avouons-le, même celui qui
a suivi l’affaire DSK de loin, de très loin même, en sait plus que celui ou
celle qui visionnera Welcome to New York,
tant le scénario est vide, proche du néant.
Pour citer Depardieu, dans un de ses vrais rôles : « On est pas bien là, à la fraîche, décontractés du gland ? » Ben
non… et on souhaiterait que le gland de Devereaux soit justement un peu plus
décontracté, et pas seulement dans la scène de fouille intégrale. Un film que l’on peut envoyer valser sans regret. A oublier très vite... Et visionnons à nouveau Bad Lieutenant, pour se rappeler pourquoi et comment on aime Ferrara.
ST/ 21.05.2014
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