dimanche 23 septembre 2012

VINYAN - Fabrice du Welz - 2008

Lorsque je suis grippée, j'ai pour habitude d'enfiler les vêtements les plus confortables de ma garde-robe, de préparer une grosse théière de thé au thym (bien dégueu, mais terriblement efficace), de sortir la couverture que ma mère m'a crochetée pour mes 30 ans, de me poser sur mon canapé et de visionner plein de films. C'est à ce jour le meilleur remède que je connaisse. Si on y ajoute un peu de paracétamol, l'état grippal se fait la malle en 48 heures.
 
Hier était un jour d'état grippal. J'ai donc sorti plusieurs DVD's dont "Vinyan" de Fabrice du Welz. En me penchant un peu plus sur les critiques parues lors de la sortie du film, je me rends compte que  je suis à contre-courant de pas mal d'entre elles. "C'est ton esprit de contradiction qui se manifeste une fois de plus!" diront certains de mes amis... Non, "Vinyan" est un vrai film de cinéphile: bourré de références, des belles images, des plans à tomber à la renverse. Pas besoin non plus d'être un énorme amateur de film de genre ou un cinéphile érudit pour apprécier "Vinyan".
 
 
Le titre d'abord. "Vinyan" signifie "âme errante qui hante les vivants". Et cette âme errante, c'est celle de Joshua, le fils disparu de Jeanne (Emmanuel Béart) et Paul (Rufus Sewell). Le petit a disparu lors du Tsunami de 2004. Jeanne et Paul sont restés sur place. Le film débute 6 mois après les faits. Le corps du petit n'a jamais été retrouvé, ce qui complique le processus de deuil des parents et plus spécialement celui de Jeanne qui conserve l'espoir que son fils est vivant, quelque part.
 
Lors d'une soirée, elle croit reconnaître la silhouette de son fils sur une vidéo. Cela la réconforte dans son intime conviction: Joshua est vivant. C'est une fuite en avant qui s'amorce: retrouver son fils coûte que coûte. Paul mettra tout son amour au service de sa femme pour tenter, tant bien que mal, de soulager sa douleur, allant jusqu'à payer les services d'un homme qui leur promet de retrouver leur enfant. Ils plongent alors dans la moiteur de la jungle birmane à la recherche de Joshua. Jeanne est régulièrement sujette à des hallucinations, ce qui la perturbe considérablement, et exacerbe le sentiment de vide qu'a laissé la disparition du garçon.
 
 

 
Le couple va être confronté, non seulement à des profiteurs, mais également aux croyances du peuple thaï et birman en matière de mort et du sort qui est réservé aux âmes. Où vont-elles? Quittent-elles réellement le monde des vivants? Tout ceci sans parler de la question essentielle du film : un couple confronté au décès d'un enfant, est-il encore capable de trouver un chemin l'un vers l'autre?
 
 
 
Du Welz livre un film émouvant et angoissant. Il est émouvant déjà de par la thématique: le décès d'un enfant, probablement la chose la plus incompréhensible au monde vu que cela n'est pas dans "la logique des choses", dans le cycle naturel. Angoissant ensuite par le climat que du Welz, grâce à l'excellent chef photo Benoît Debie (à qui l'on doit l'effroyable ambiance d'"Irréversible" de Gaspard Noé), crée et installe tout le long de son film. Plus le couple s'enfonce dans la jungle birmane, moins il y a de lumière et plus les plans sont oppressants.
 
Comme le dit du Welz : ".. ce n'est pas un film de fantômes traditionnel où les morts pénètrent le monde des vivants. Ici, ce sont les vivants qui pénètrent le monde des morts. L'idée était d'immerger un couple occidental qui refuse aveuglément la mort de leur enfant dans une partie du monde où la mort est une continuité de la vie. A mes yeux, un monde qui refuse avec tant d'obstination la mort et la vieillesse est un monde qui se dérègle. Le couple Bellmer incarne ce dérèglement".
 
Belle réussite que ce film qui, dès le générique au lettrage proche d'un film de Kubrick, est un film qui parle de l'amour de du Welz pour le cinéma de genre. On ne peut faire abstraction des références à "Ne vous retournez pas" de Nicolas Roeg, notamment dans le fait que la jungle birmane (a priori lieu qui fait rêver, avec ses temples, sa nature luxuriante, etc...) et utilisée comme Venise. C'est-à-dire: lieu paradisiaque par excellence, mais qui se retrouve à agir comme une prison sur les personnages, érigeant des murs imaginaires infranchissables pour la pensée et retranchant les personnages dans les méandres les plus sombres de leur esprit, ou avec le thème abordé: le deuil impossible de la perte d'un enfant qui conduit à la folie. Ou encore la scène où Paul fait l'amour à Jeanne dans la jungle: impossibilité du couple à retrouver un chemin l'un vers l'autre.
 
 
 
Deuxième référence: "Les révoltés de l’an 2000" de Serrador ou "Qui peut tuer un enfant?", traduction littérale du titre original. Sans vouloir dévoiler quoi que ce soit du dénouement du film de du Welz, on ne peut s'empêcher de penser à ce film paranoïaque des années 70. Sachez juste que le dernier plan du film, même s'il aurait pu être le plus dérangeant et le plus choquant, est le plus beau de tout le film,
 
Il y en a encore d'autres, notamment "Apocalypse Now", mais je vous laisserai les trouver vous-même. Je ne vais quand même pas vous mâcher tout le travail? Et puis quoi encore!
 
Partez à la découverte de "Vinyan"! C'est un voyage sans retour, qui vous maltraite, mais qui vaut la peine d'être entrepris.
 
 
 
 
Votre Cinécution
 
NB: Sachez que Fabrice du Welz sera prochainement l'invité de Cinécution.
 

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