dimanche 22 avril 2012

DRACULA

Le Dracula de Francis Ford Coppola est peut-être le plus connu des Dracula pour les gens de ma génération. Je crois qu'on l'a tous vu au moins une fois. Aujourd'hui, il sert de point de départ pour vous parler de Dracula: son mythe, ses origines, ses représentations en littérature et surtout, au cinéma. Le cinéma qui, sans aucun doute, lui a donné une aura particulière qui fascine encore aujourd'hui.  La complexité du personnage de Dracula, sans cesse réinventée, réanalysée, notamment par la psychanalyse moderne (association d'Eros et Thanatos, du désir sexuel et de la mort, le questionnement de limites, entre le bien et le mal, l'homme et la bête) a fait de  Dracula un mythe moderne. Mes lectures m'ont fait découvrir qu'il y aurait eu plus de 200 films sur le sujet. Autant vous dire qu'il m'est  impossible de les recenser ici. Je vais cependant m'arrêter à quelques exemples, lesquels devraient vous montrer l'évolution du personnage.

DRACULA - Francis Ford Coppola - 1992

ATTENTION SPOILERS!

Cet adaptation au cinéma est probablement la plus fidèle au roman de Bram Stoker (publié en 1897). Certainement aussi la représentation la plus érotique de Dracula.

Coppola ouvre son film sur une espèce de prologue. Milieu du 15ème siècle, le chevalier Vlad, surnommé l'empaleur, mène une lutte sanguinaire contre les turcs qui ont envahi la Transylvanie. Il laisse derrière lui son épouse, Elisabetha. Laquelle se jette dans le fleuve qui coule aux abords du château lorsqu'elle apprend la mort de son époux. Mais Vlad n'est pas mort. Il revient au château et accablé de douleur il renie l'Eglise. Il promet de venger la mort de sa bien-aimée avec l'aide de pouvoirs obscurs. C'est la naissance de Dracula, le vampire.


Fin du 19ème siècle, Johnathan Harker, un jeune notaire, est chargé de conclure la vente d'une vieille abbaye londonienne. Pour ce faire, il est envoyé en Transylvanie. L'acquéreur de cette abbaye n'est autre que Dracula lui-même. Au fil de la discussion, Dracula découvre le visage de Mina, la fiancée de Johnathan. Il ressemble en tous points à celui d'Elisabetha. Il décide alors de la rejoindre à Londres. Harker est quant à lui retenu dans le château du comte, laissé en proie aux concubines vampires du comte qui peu à peu le vide de son sang. Il n'a plus de forces et vieilli prématurément.



Arrivé à Londres, le comte s'en prend à Lucy, la meilleure amie de Mina. Il la transforme en vampire et tire son énergie vitale du sang de cette dernière. Il a dès lors une apparence jeune et séduisante. Il peut alors se montrer à Mina. Arrive alors le Dr Van Helsing, appelé à l'aide, la santé de Lucy se dégradant de jour en jour. La conclusion est sans appel: Lucy est la victime d'un vampire. Van Helsing, un obsédé de Dracula, est persuadé que ce dernier rôde à Londres.
Pendant ce temps, Johnathan arrive à s'enfuir du château et à se réfugier dans un couvent. Il écrit à Mina de le rejoindre rapidement afin qu'ils se marient. Dracula, furieux, tue Lucy. Van Helsing, convaincu que Lucy n'est pas réellement morte, descend dans le caveau familial et trouve son cercueil vide. Lui et ses acolytes sont horrifiés lorsque cette dernière arrive avec dans ses bras un jeune enfant dont elle s'apprête à prendre la vie pour garantir sa "survie". Lucy est tuée d'un pieu dans le coeur et est décapitée.




Les époux Harker reviennent à Londres. Mina est mise à l'abri dans un asile psychiatrique situé dans l'abbaye. Dracula la rejoint. Totalement sous l'emprise séductrice du comte, Mina le supplie de faire d'elle une des siens et de lui donner la vie éternelle pour qu'ils restent unis à jamais. Le comte s'exécute. Van Helsing arrive avec son escorte de gentlemen et interrompt Dracula qui parvient à s'enfuir. Mina est hypnotisée et Van Helsing sait que Dracula est en chemin vers son château. Il doit arriver avant lui. Il prend Mina avec lui. Le comte pouvant lire dans les pensées de Mina, il sait très exactement où il se trouve. Mina se transforme petit à petit en vampire, invoque une tempête pour ralentir les hommes de Van Helsing. Peine perdue. Ils finissent par rattraper Dracula et lui plante un couteau dans le coeur. Mina l'emporte vers le château. Tout finit là où cela à commencé, dans la même église où Vlad, 4 siècles plus tôt à renier Dieu. Pris de remords et avec un besoin évident de rédemption, il supplie Mina de le libérer. Elle le tue et le décapite.



Coppola fait de son Dracula, contrairement à Bram Stoker qui le décrivait comme une chose désincarnée, un être pourvu de sentiments et à l'attraction sexuelle indéniable. Une espèce de héros romantique que l'on pourrait presque plaindre, tant sa quête pour retrouver son amour de toujours est intense. L'érotisme véhiculé par ce Dracula a d'ailleurs été reproché à Coppola.

Dracula dans la littérature

Vlad Tepes
Les vampires, de façon plus large, sont des mythes populaires. On commence à parler des vampires au 18ème siècle déjà, plus particulièrement dans les Balkans. Ils sont décrits comme des morts vivants, des êtres damnés qui se nourrissent du sang de leurs victimes pour recharger leur énergie. La rage, la tuberculose ou encore la décomposition naturelle des cadavres alimentent le mythe du vampire.
Le vampire prend définitivement ses quartiers dans la littérature dans le courant de la première partie du 19ème siècle, en pleine apogée du roman fantastique dont les figures de proue sont Mary Shelley (Frankenstein), John Polidori (Vampyre) ou encore Edgar Allan Poe, maître incontesté du genre. Les écrivains français se sont également intéressés au mythe du vampire, Théophile Gautier par exemple dans La Morte amoureuse parue en 1836, Lautréamont ou  Alexandre Dumas dans sa Dame pâle en 1849.
En 1897, Bram Stoker publie son Dracula. Il s'inspire d'une histoire slave, celle de l'empereur Vlad Basarab surnommé "Tepes" (l'Empaleur). Un souverain particulièrement rigide et qui aurait tué plus de 30'000 turcs au milieu du 15ème siècle. Son nom est souvent associé à celui de Dracula, bien qu'en fait, ils n'aient absolument aucun rapport. Probablement que cela a servi à Bram Stoker pour donner une incarnation à son Dracula dans le but de le rendre plus horrifiant, le lecteur pouvant le lier à un personnage ayant réellement existé. Les histoires de vampires ont toujours fasciné. Encore aujourd'hui, elles alimentent bon nombre de fantasmes. La Saga du désir interdit (Twilight) de Stephenie Meyer est un exemple parmi tant d'autres (l'adaptation cinématographique n'est pas très heureuse dans ce cas précis).
Sinon, pour avoir traversé la Roumanie du nord au sud en 1997, je peux vous dire que le mythe de Dracula est bien vivant dans le nord du pays. Au-delà d'une simple attraction touristique, Dracula (qui signifie diable ou dragon) est une légende. De ces légendes qui fascinent autant qu'elles effraient. Vlad Tepes est quant à lui un personnage historique dont les roumains ne peuvent s'arrêter de parler. Posez-leur des questions, ils sont intarissables sur le sujet!

Ruines du château de Vlad à Poienari, Roumanie

Dracula au cinéma

La toute première adaptation au cinéma du Dracula de Bram Stoker daterait de 1921, dans une obscure version austro-hongroise, "Drakula halala", réalisée par Kàroly Lajthay. On a perdu toute trace de ce film. Ils subsistent quelques photos, dont celle ci-dessous:


Drakula halala - 1921
L'adaptation au cinéma qui reste dans les mémoires comme étant la première vraiment significative, est celle de Friederich Wilhelm Murnau en 1922: Nosferatu. Murnau, ne voulant pas payer les droits d'auteurs, a changé le nom de Dracula en Orlock. Ce film muet, qui représente Dracula d'une façon très fantasmagorique, est un chef d'oeuvre de l'expressionnisme allemand. Pour les plus curieux d'entre vous, vous pouvez très facilement le trouver en intégralité sur le net (je ne devrais pas vous le dire, mais on doit le voir une fois dans sa vie!).


C'est finalement en 1931 que les studios Universal s'emparent des droits d'auteurs et donnent "ses lettres de noblesses" au mythe du comte Dracula. Bela Lugosi donne pour la première fois, une image un peu plus sensuelle du vampire dans le Dracula de Todd Browing. Bela Lugosi a interprété 4 fois Dracula au cinéma. Pour l'anecdote, Lugosi, tellement imprégné par ce personnage, fut enterré avec la cape du célèbre vampire, à la demande son épouse. Un peu glauque, non?


Le vampire a aussi pris les traits d'une femme (Gloria Holden) en 1936 dans la fille de Dracula => http://youtu.be/erAoNNWKiRE

A la fin des années 50, ce sont les studios anglais Hammer qui reprennent le flambeau avec Le Cauchemar de Dracula en 1958. Le rôle du machiavélique vampire est assuré par Christopher Lee, qui aura lui aussi beaucoup de mal à se défaire de cette image. Il incarnera Dracula 10 fois, toujours pour des histoires tournant autour du célèbre buveur de sang, et toutes produites par les studios Hammer.



Bien que ne faisant pas du tout mention de Dracula, je suis presque obligée de vous parler du Bal des Vampires de Polanski qui réconcilia les amateurs du vampirisme avec le genre, après une décennie d'errance entre différentes séries B de plus ou moins bon goût. Polanski réinvente le genre et crée un univers où le vampire a une certaine humanité (un est sourd, l'autre homosexuel) et où il est drôle => http://youtu.be/AMBTP4uY1cU

Les années 70 voient arriver le magnifique Nosferatu de Werner Herzog avec un Klaus Kinski terrifiant.


En 1983, Tony Scott s'empare du mythe des vampires pour faire apparaître ces créatures dans notre quotidien. C'est la période du néo-vampirisme. En l'occurrence, ils prennent ici les traits de David Bowie (fan de Bowie, je suis obligée de vous en parler!) et Catherine Deneuve.



Dans les années 90, ce sera le retour du vampire "classieux et élégant". Un charmeur aux vils desseins. En 1992 Dracula de Coppola et en 1994 Entretien avec un vampire de Neil Jordan.
Le plus trash Vampires de John Carpenter sort en 1998.



Les années 2000 débutent par un film produit par Wes Craven et réalisé par Patrick Lussier, Dracula 2000 => http://youtu.be/XOKKL_rwoKk

Et les heureux chanceux qui fréquenteront les séances de minuit à Cannes pourront voir le Dracula de Dario Argento en 3D...



Votre Cinécution

1 commentaire:

  1. J'ai énormément de peine avec ce film, que je situe sur le déclin de la carrière de Coppola. La dimension érotique appuyée me paraît beaucoup trop souvent artificiellement exagérée, notamment dans la scène superflue où les jeunes promises des futurs chasseurs de vampire regardent en gloussant le Kama-Sutra ou un ouvrage du même acabit. Cette omniprésence de la sexualité grince d'ailleurs contre l'ambition annoncée de coller au plus près de l'oeuvre originale, et cet aspect, avec tous les ajouts par rapport au roman de Bram Stoker, me semblent tous aller dans la même direction de... "séduction" ( ;) ) du spectateur. À titre d'exemple, la scène d'ouverture, dans laquelle Vlad maudit Dieu suite à la mort de sa bien-aimée, est montée de toutes pièces pour les besoins du film, et lui sert ensuite de moteur en plaçant toutes les actions du Vampire sous le signe de l'amour et du désir charnel. Ainsi il accueille Jonathan Harker avec cette fameuse phrase "Do you believe in love? Do you believe in destiny?" et le film de continuer sur le même ton. Je m'étonne chaque fois de voir les gens louer la fidélité de ce film par rapport au roman.
    Mais autrement, félicitations pour votre blog! J'ai eu énormément de plaisir à le parcourir rapidement, et je ne manquerai pas de suivre vos prochaines publications :)

    RépondreSupprimer