mercredi 21 mars 2018

FIFF 2018 : Quand un thème s'impose...

Enfin! Le film sud-coréen de la compétition! J'ai une espèce de passion pour le cinéma sud-coréen. Je l'ai déjà écrit à plusieurs reprises, ce cinéma me fascine. Bien souvent, les films que l'on peut voir dans différents festivals sont des films de fin d'étude. La Korean Academy of Film Arts a cette capacité de produire des génies en devenir, qui dès leurs premiers longs métrages tapent dans le mille. J'ai vu beaucoup de films sud-coréens et aucun n'a été à jeter, quel que soit le genre. C'est juste remarquable. Ils arrivent à distiller toute leur culture, même dans les histoires les plus dingues. Et ça, ça me fascine.


Donc, le film sud-coréen de la compétition, AFTER MY DEATH de Kim Ui-Soek est d'une intensité époustouflante. Je ne sais pas si quelques uns parmi vous se souvienne de SHOKUZAI de Kiyoshi Kurosawa? Une mini-série en 5 épisodes qui traitait de la culpabilité, après l'assassinat atroce d'une jeune fille? Un groupe de filles qui n'arrivait pas à se remettre de cette mort, et qui traînait avec elles un profond sentiment de culpabilité, exacerbé par l'omniprésence de la mère de la fillette. Bref, ce film m'a fait pensé par moment à SHOKUZAI, notamment à cause de cette notion de culpabilité récurrente.


AFTER MY DEATH aborde une thématique assez complexe, le suicide d'une adolescente. A ce stade de la journée, je ne savais pas encore que cela allait être le thème de ma journée. J'y reviendrai. Donc, une ado disparaît, sans aucun indice, sans corps, rien. On suspecte un suicide. Rapidement, les soupçons se tournent vers une jeune femme, la dernière à avoir vu l'adolescente vivante. Leurs liens sont manifestement intimes. Certaines camarades auraient vu, entendu, des propos du style " Si tu m'aimes, prouve-le moi". Chantage au suicide sur fond de "cap ou pas cap?".  J'ai été terrorisée.


Admirablement réalisé, inventif dans sa narration, au scénario hyper bien ficelé, AFTER MY DEATH est un choc. Emotionnel tout d'abord. Régulièrement je me suis retrouvée le souffle coupé par la force des propositions visuelles et par l'intensité du jeu de la protagniste principale, dont je ne retrouve pas le nom, mille excuses. Et ensuite, par le propos. Il y a, dans la notion de groupe, une puissance insoupçonnée. L'adolescence est une période de vie où il est parfois difficile de s'affirmer, de trouver son identité propre, de se démarquer du groupe. Lorsque l'on constate que par différents éléments, orientation sexuelle par exemple, on diffère du groupe, il arrive que cela soit difficile à assumer. Et c'est cette complexité que le cinéaste met en lumière, avec force et courage. Oui, j'utilise le mot courage. Le suicide est et reste tabou, dans toutes les sociétés. A tort d'ailleurs. Finalement, ce sont des situations où l'on doit faire face à notre propre peur de mourir, non?














La mort, le suicide plus exactement allait donc être le thème principal de ma journée. Pas très funky vous allez me dire... non, effectivement, mais très intéressant de voir comment ce thème est abordé, en Asie et en Europe. Si la thématique est identique, la façon de l'aborder n'est pas la même. Quand dans la société sud-coréenne ont invoque l'esprit de la défunte qui reviendrait s'excuser de son geste, en Europe, on le traite de façon un peu plus frontale. Avec un peu moins de pudeur, moins "poliment" si je puis dire.


SARAH JOUE UN LOUP GAROU était donc présenté hier soir, en présence de pratiquement toute l'équipe du film. Intégralement filmé à Fribourg par la réalisatrice Katharina Wyss, c'est un film qui ne cherche pas à plaire. Et j'avoue que c'est plutôt une qualité.







Sarah a 17 ans. Elle est instable, timide, renfermée. Elle détient un secret qu'elle ne partage avec personne. Elle n'a pas d'amis, et ce n'est pas faute d'essayer d'en avoir, mais cela ne fonctionne pas. Elle possède une personnalité complexe, torturée, obsédée par l'écriture, la violence, la mort. Elle se lâche complètement dans des cours de théâtre menés par une professeure sans limites on va dire. Ces cours de théâtre sont très déstabilisants au départ pour le spectateur, voire même irritants. Petit à petit, ils prennent cependant, si ce n'est leur place, du moins leur sens dans l'histoire.

Sarah ne cache pas son envie de se suicider. Mais tout le monde ferme les yeux, à commencer par sa propre famille. La mère, totalement absente, ou du moins aveugle et sourde, n'admet pas le mal-être de Sarah, ni n'en voit la cause. Le père est un manipulateur hors-pairs. En toute honnêteté, sans rien dévoiler, les pires soupçons planent sur le père. Il faudrait être complètement déconnecté de la réalité pour ne pas imaginer le pire. A relever l'impressionnant Loane Balthasar, qui incarne Sarah avec une justesse et une maturité déconcertantes.










Et Fribourg, ville de ponts. Il y a des ponts partout. Il arrive malheureusement régulièrement que des personnes se sentent irrémédiablement attirées par le vide. C'est une problématique qui a pris des aspects politiques, vu que cela a été débattu au sein du Conseil général de la Ville, notamment sur l'installation d'éventuels filets de sécurité sous certains ponts que l'on dira "sensibles".

Bref, Fribourg comme décor d'une fiction qui semble tellement réelle, touche la fribourgeoise que je suis. D'une part, parce que comme tout fribourgeois, je suis profondément chauvine - oui, Fribourg est la plus belle ville du monde - mais aussi d'autre part parce que de par son histoire très proche du catholicisme, siège de l'évêché, Fribourg est une ville de secrets. Ils ressurgissent ponctuellement, les politiques s'en emparent, essaient de se dépatouiller du mieux qu'ils peuvent, mais les douleurs, les cicatrices, sont bel et bien présentes.

Je ne peux pas dire que j'aime, que j'ai aimé ou détesté SARAH JOUE UN LOUP GAROU. Je pense cependant que c'est un film nécessaire qui devrait être montré dans les cycles d'orientation. Pour différentes raisons. Je suis convaincue, et c'est triste de l'admettre, qu'il y a des Sarah à chaque coin de rue, et que peut-être, ce film a une vocation plus éducative qu'artistique. A découvrir sur les écrans romands dès le 28 mars 2018.


















ST/ 21 mars 2018

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