mardi 20 mars 2018

FIFF 2018 : et soudain... Ken...

Plus les années passent, plus je me rends compte qu'il en va du cinéma comme de l'amour: il ne faut rien forcer. On ne peut pas créer des liens artificiels avec des films, des réalisateurs, des acteurs... soit l'amour s'installe petit à petit sur la durée du film, soit c'est le coup de foudre, soit la magie n'opère pas. On restera bons amis et se promettra de se faire une toile de temps en temps. On se suivra de loin, sans trop provoquer une nouvelle rencontre.

Il y a quelques années, j'ai eu un coup de foudre pour un film : FABLE OF THE FISH. Un couple n'arrive pas à avoir d'enfant. Après une bénédiction un peu folklorique, la femme tombe enceinte, mais accouche d'un poisson. Mais qu'est-ce qui m'a touché réellement? Le lien que cette femme a tissé avec ce poisson, le sentiment de détresse d'une mère, la folie de cette femme? Probablement un peu tout ça. J'ai été émue et je me disais à moi-même : "Non, mais attend, c'est un poisson! Un pois-son!"...
FABLE OF THE FISH nous montre en fait le lien étroit qu'il existe entre les légendes urbaines, les croyances populaires et le catholicisme aux Philippines. Oui, parce que tout est ramené à Dieu (jusqu'à la toute fin du générique où Dieu est remercié pour sa grandeur)... Et comme dit l'homme :"Dieu peut faire des erreurs."... Le couple s'en fichait d'avoir une fille ou un garçon, ils se réjouissaient de ce que Dieu allait leur donner... et bien, ce fut un poisson. Un film au réalisme magique, un espace où le surnaturel est soudainement normal.

Et donc, le réalisateur de ce petit bijou revenait en compétition au FIFF avec  DARK IS THE NIGHT. Youhouhou! J'étais toute impatiente!

Adolfo Borinaga Alix Jr. est un réalisateur philippin des plus actifs. Il réalise 2 films par an, tourne des centaines d'épisodes pour des séries philippines... peut-être trop serais-je tentée de dire? Est-ce que la quantité prime sur la qualité? Je ne sais pas, je ne peux me baser que sur DARK IS THE NIGHT que j'ai quitté après 1 heure, morte d'ennui. En soi, ce n'est pas grave, mais ça me rend toujours un peu triste d'abréger les rendez-vous amoureux... et de laisser payer l'addition. La magie n'a pas pris. J'avais le sentiment de tourner en rond. De ne pas être surprise, de ne pas être prise à contre-poils... L'ennui. Le vrai.



Autre déception : UNICORN du brésilien Eduardo Nunes. On nous promettait un film onirique, à la dimension féérique... Alors oui, le format est inhabituel - il faut que je me renseigne d'ailleurs, pour connaître le nom de ce format surréaliste - les premières séquences sont sublimes et enthousiasmantes. Mais on s'ennuie très vite. En tous cas moi. A mon sens, le réalisateur a voulu trop en faire pour faire passer les textes poétiques de Hilda Hist. Trop. Et comme chacun sait, le trop est l'ennemi du bien. Un format trop envahissant, des couleurs trop saturées, trop de lenteur - et ne pensez pas que je n'aime pas la lenteur, non - mais trop, c'est trop. On en perd le sens profond du film. Un lien entre mère et fille qui s'altère avec l'apparition d'un nouvel homme dans la vie de la mère. Une adolescente qui se découvre, et qui découvre le potentiel de séduction des femmes à travers la beauté de sa mère, son épanouissement. L'absence du père. Il y avait tout pour en faire une fable moderne. Et bien non... c'est un soufflé qui s'effondre très rapidement. Je suis restée les 2 heures du film... perplexe, en me disant il va y a avoir un moment où je vais entrer dans le film, moi la grande amatrice de poésie... et bien non. Je suis restée totalement hermétique. Et c'est quelque chose qui m'attriste à chaque fois. J'ai profondément conscience que ce réalisateur, adorable au demeurant, y a mis toute sa conviction, sa passion pour son art, mais à vouloir trop en faire, il a, selon moi, raté le coche.



Autre film de la compétition, PACKING HEAVY de l'argentin Dario Mascambroni. Petit bijou d'un peu plus d'une heure. Ramassé, sans être expéditif. Un jeune garçon, orphelin de père, essaie de comprendre pourquoi son père a été assassiné, en questionnant son entourage. Lorsque l'assassin de son père est remis en liberté, il part à sa recherche, une arme à feu dans son sac à dos. Le début de l'adolescence, le besoin d'avoir des marques, des repères, des exemples et cette absence que l'on ressent très fortement. J'ai beaucoup aimé la douceur qui se dégage de ce film, Vraiment.






Et soudain... après 1 heure trente d'attente, debout, en file indienne, attente dont mes varices se souviendront - c'est qu'on n'a plus 20 ans hein - et soudain donc, une apparition. Ken Loach!

Quand le festival a annoncé sa venue, j'ai essayé de garder mon calme. Ce qui n'était pas gagné d'avance, étant donné que je suis toujours avide de rencontres cinématographiques, de masterclass. J'adore apprendre, comprendre... bref, j'adore. Alors quand le plus grand réalisateur de cinéma vérité est annoncé à Fribourg, je suis un peu comme St-Thomas, je ne crois que ce que je vois. Et donc, j'ai vu.

Ken Loach, à Fribourg. Je vais difficilement pouvoir prendre de la distance, car les émotions ont été telles que les atténuer serait un crime.

L'Arena 7 était pleine à craquer. Des gens assis sur les marches, debout dans le fond. Et un silence de cathédrale. Tout le monde buvait les paroles du cinéaste. Une masterclass entre la leçon de cinéma et l'exposé de géopolitique. Passionnant. Emouvant.

Ken Loach a 81 printemps, il n'a pas perdu une once de colère contre les injustices de ce monde. Il en parle avec passion et détermination, convaincu que nous pouvons tous changer le monde.

Il s'est livré sans fausse pudeur, avec authenticité, à une audience attentive. Un véritable dialogue entre lui et la salle s'est installé, laissant à tous les participants, un souvenir inoubliable.

J'avais prévu d'enchaîner avec une séance de minuit... mais mon petit cœur, tout ému, battant la chamade, n'a pas eu envie d'aller voir des zombies canadiens. Non, j'ai préféré rentrer à la maison et revoir LA PART DES ANGES, d'un réalisateur à jamais dans mon cœur: Ken Loach.




ST / 20 mars 2018






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