samedi 17 novembre 2012

AMOUR - Michael Haneke - 2012

 
Une odeur de mort s'échappe d'un appartement du Paris bourgeois. Les pompiers et la police forcent la porte d'entrée: c'est le début d'un flashback de près de 2 heures qui nous plonge dans l'intimité de Georges et Anne.
 
Théâtre des Champs-Elysées à Paris, des spectateurs attendent le début d'un récital de piano. Au milieu de ces gens, Georges et Anne, professeurs de piano à la retraite, sont venus applaudir un de leur ancien élève qui fait une brillante carrière de concertiste. Dès ce moment, on se rend compte de toute la tendresse qui lie ces deux êtres: complicité, gestes tendres, sourires, lumière dans les yeux.
Leur quotidien est fait de petites sorties (elles ne sont qu'évoquées), d'écoute de musique, de lecture, de discussions et de délicates attentions (ou seraient-ce des habitudes?). Même s'il est très pudique, leur amour se ressent très fortement. La douceur des sentiments et l'affection ont remplacé la folle passion de leurs 20 ans. Ils ont une fille, Eva, musicienne, qui vit à l'étranger et qui ne vient que peu les voir.
 
 
Un matin, lors du petit-déjeuner, le regard d'Anne se perd dans le vide et elle ne répond plus à Georges. C'est la première petite attaque cérébrale. On sent la détresse de Georges face à cet événement alors qu'Anne revient à elle, et qu'il devient agressif croyant à une plaisanterie de mauvais goût. C'est simplement sa façon d'exprimer sa peur de la perdre. Anne subit une intervention qui malheureusement laissera des séquelles: elle se retrouve en fauteuil roulant, paralysée du côté droit.
 
Les gestes de tous les jours deviennent dès lors plus complexes. Anne a besoin de Georges pour se lever, faire sa toilette, pour aller aux toilettes, pour lui couper la nourriture. Anne subit de nouvelles attaques et son état se péjore. Elle restera cependant à la maison, Georges le lui a promis.
 
 
 
 
Michael Haneke, avec "Amour", nous torture une nouvelle fois. Ce film nous arrache le coeur et nous met face à nos pires souvenirs ou à nos pires craintes: perdre nos proches, nos parents, l'être aimé. Rien que d'y penser cela nous déchire les entrailles. Ce sont des douleurs physiques et psychiques que chacun de nous endure dans sa vie.
 
Il nous montre aussi cet amour inconditionnel que se porte Georges et Anne. Un amour fait de respect, de tendresse, d'attentions. Ils ont été amants, ils sont aujourd'hui compagnons. Chacun dans son corps porte les signes de la vieillesse: les membres perdent de leur souplesse, les gestes deviennent hésitants, les mains tremblent légèrement, les forces diminuent. Mais la promesse qu'ils se sont faite il y a plusieurs décennies est toujours d'actualité: "Jusqu'à ce que la mort nous sépare"
Lorsque la maladie s'invite dans cette vie de retraités relativement sereine, il faut du courage à celui qui reste valide. Georges prend ses responsabilités et tient ses promesses quitte à s'épuiser. Il aide son "Anne chérie". Lors des moments où Georges doit aider Anne à se lever, il doit s'approcher d'elle, coller ses genoux au siens et la prendre dans ses bras alors qu'elle enroule son bras valide autour de son cou. On imagine aisément, vu la pudeur des gestes du début du film, que leurs corps ne se sont plus retrouvés si proches depuis un certains temps. C'est profondément poignant.
 
 
 
 
Jean-Louis Trintignant est bouleversant. Son regard est magnifiquement mis en valeur : tantôt doux, protecteur, inquiet, puis soudainement il devient terriblement grave. Emmanuelle Riva quant à elle incarne une Anne qui saura rester digne jusqu'au bout.
 
Mon seul regret, le personnage d'Eva incarné par Isabelle Huppert. Il est totalement dispensable. Si cette fille unique n'avait existé qu'au travers de conversations téléphoniques, cela aurait été suffisant.
 
Pas une once de voyeurisme, malgré la dureté des images. C'est la vie. La réalité dans tout ce qu'elle peut avoir de cruel. Il n'y a pas de musique au générique de début et il n'y en a pas au générique de fin, comme si avant l'amour il n'y avait rien et comme si après la mort, il n'y avait rien non plus. Vous serez sans nul doute profondément bouleversés par ce film et par la musique de Schubert, particulièrement ses Impromptus pour piano. Et là, c'est un coup de génie que d'utiliser Schubert: le plus pur, le plus simple, le plus "straight to the fucking point" des compositeurs de la période romantique. Palme d'or du dernier Festival de Cannes,  "Amour" est un chef d'oeuvre.
 
 
 
Votre Cinécution

1 commentaire:

  1. Je me suis beaucoup ennuyé. Michael Haneke devrait continuer à faire des films en allemand comme "Das weisse Band" – ces appartements parisiens on les connait bien – et pardon mais personne ne parle comme ça au XXIème siècle, ni en Suisse, ni en France, c'est du pur théâtre! Il vaut mieux faire un stage dans une maison de retraite si l'on veut voir un peu ce que c'est de vieillir aujourd'hui... Elle est là la réalité, pas chez Haneke (et arrêtons de dire oui à tout ce que Cannes nous dicte!)

    RépondreSupprimer